Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse

Derrière l’arbre de la crise économique qui tombe provoquant fracas et drames multiples, il semble bien qu’une forêt d’entreprises libérées soit en train de pousser silencieusement. Sachons écouter.

N’allez pas où le chemin peut mener, allez là où il n’y a pas de chemin et laissez une trace  (Ralph W. Emerson)

Il est des auteurs qui savent traduire en évidences les transformations silencieuses * à l’œuvre dans nos sociétés derrière les évènements bruyants** qui font la une de nos journaux et le buzz sur la toile. Ainsi de François Jullien, philosophe et sinologue. Nous retiendrons ici l’analyse qu’il fait des écarts entre la manière de penser l’efficacité et la stratégie en Occident et en Chine.

Historiquement, l’Occident a privilégié une approche analytique fondée sur la modélisation tandis que la Chine s’est mise à l’écoute des transformations silencieuses et souterraines. Il ne s‘agit pas d’opposer les deux approches, précise l’auteur, mais de les avoir toutes deux à disposition pour élargir son potentiel de réponse.

En investissant le champ scientifique de Galilée à Newton, l’Occident est resté fidèle à ses racines platoniciennes consistant à élaborer d’abord un modèle idéal au regard des valeurs et des croyances du moment puis à le faire entrer, au besoin de force, dans le cadre contraint de la réalité.

A l’inverse, la sagesse chinoise traditionnelle invite à se mettre à l’écoute des transformations silencieuses systémiques, tout en favorisant les potentiels de situation, et … en laissant faire le temps. Les paysans chinois savent bien que tirer sur la pousse de riz ne la fera pas grandir plus vite mais que la récolte sera meilleure s’ils créent les conditions favorables à sa croissance.

On ne voit pas le blé mûrir, mais on sait quand il faut le couper !

Tout n’est pas prévisible et tout ne dépend pas de l’acteur. Il lui revient en revanche de percevoir dans son environnement les signaux faibles qui lui révèleront les potentiels de situation à exploiter. Cela  requiert du lâcher-prise afin que cette subtile alchimie, indépendante de nous, y fasse néanmoins son chemin.

Ci-dessus un excellent film d’animation de Possum interactive : une minute chrono pour comprendre POURQUOI l’entreprise libérée fonctionne mieux.

La démonstration de François Jullien illustre à merveille l’état d’esprit qui préside à une démarche de libération d’entreprise. Elle permet également de comprendre pourquoi il n’y a pas de modèle : parce qu’aucun potentiel de situation n’est identique ni figé.

Voilà qui revisite aussi les motifs de résistance de nombres de dirigeants à s’engager dans la libération de leur entreprise, nonobstant bien souvent une appétence pour les valeurs qui la sous-tendent et un intérêt pour les résultats attendus. Nous disons cela avec beaucoup de respect pour ces chefs d’entreprises tant le pas est délicat à franchir et sans retour possible à partir d’un certain stade.  Alexandre Gérard, patron du Groupe Innov-on, une entreprise libérée de la région nantaise, a eu la sensation d’un saut en parachute.

Malgré le nombre encore modeste d’entreprises libérées et la difficultés des dirigeants à oser s’engager dans cette démarche, il parait désormais établi que ce mode de gouvernance n’est pas un sympathique effet de mode  limité à quelques leaders charismatiques à forte personnalité. Nous assistons à un mouvement de fond qui a probablement dépassé le stade de l’émergence et qui a vocation à devenir le quotidien des entreprises du XXI° siècle et de leurs salariés.

Si c’est possible dans un sous-marin nucléaire d’attaque ou un ministère, c’est possible partout où un dirigeant aura décidé que ce le sera.

C’est un invariant ; ça part du sommet et ça ne marche pas sans une volonté opiniâtre du dirigeant.

Conférence (en anglais) de David Marquet, ex-commandant de l’US Navy, sur la libération du sous-marin nucléaire d’attaque Santa Fe : une histoire vraie de transformation de suiveurs en leaders ***

Il semble bien que des transformations de moins en moins silencieuses soient à l’œuvre dans le champ de la libération d’entreprise. Elles témoignent d’un potentiel de situations, au pluriel, qu’il appartient aux dirigeants d’entreprises d’exploiter.

La nouvelle génération de salariés connectés qui progressivement remplace celle de leurs ainés ne s’accommode plus des conditions de travail qui semblaient incontournables à la génération précédente.

Les pouvoirs publics s’intéressent à la démarche. En décidant de créer un label « management socialement responsable », la DIRECCTE 95 et le ministère du travail invitent clairement les TPE/PME à s’engager vers un management 2.0. Au regard des critères d’attribution du label****, on est encore loin de l’entreprise libérée – l’idée même de label en atteste – mais le voyage est entamé. Gageons que l’appétit viendra en mangeant.

A travers cette démarche (le label MSR), les entreprises construiront un nouveau modèle de Management Responsable qui concilie le bien-être au travail et la satisfaction des salariés, le développement durable et la compétitivité de l’entreprise. (François Rebsamen, ministre du Travail)

Dans la même dynamique, la DIRECCTE Rhône Alpes a publié une brochure intitulée Bien être au travail & performance économique

Et vous, partagez-vous notre optimisme ? Avez-vous d’autres exemples pour l’étayer ?

*  François Jullien, Les transformations silencieuses, Grasset, 2009

**les propos en gras sont des concepts ou termes empruntés à François Jullien

*** sous-titre de son livre Turn the ship around, a true story of turning followers into leaders

**** L’équipe métamorph’Ose – dont votre serviteur est équipier – a apporté sa contribution à la rédaction des critères du label « management socialement responsable » et nous pensons y avoir semé quelques graines. Merci à Louisa Mezreb de FACEM et à Hakim Kamouche de la DIRECCTE Val d’Oise pour leur confiance.

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