Liberté & responsabilité : la controverse de Mc Gregor

Considérer qu’un collaborateur est incapable par nature d’être autonome et efficient dans son travail procède de la même logique qui refusait aux femmes le droit de vote avant 1944. Heureusement, les croyances évoluent !

« Liberté implique responsabilité ; c’est pourquoi la plupart des hommes la redoute » George-Bernard SHAW

Le suffrage universel fut établi en France en 1848. Encore ne concernait-il que les hommes au motif que les femmes, infantiles et sous l’influence de leur mari, seraient incapables d’exercer cette responsabilité citoyenne en toute autonomie. Qui oserait encore soutenir ce discours sans sombrer dans le ridicule ?

La même logique, pourtant, fonde la croyance de nombreux chefs d’entreprises et de cadres pour qui les ouvriers et employés sont incapables de prendre des responsabilités en toute autonomie, de s’auto-organiser et de s’auto-controler. Raison pour laquelle il est préférable, selon eux et pour la bonne marche de l’entreprise, d’encadrer leur travail par des procédures rigoureuses et de les contrôler en permanence.

C’est la dialectique entre les visions X & Y de Mc Gregor derrière laquelle se profile la problématique de la répartition du pouvoir dans l’entreprise. Et de fait, une enquête GALLUP montre qu’en France, 26 % des salariés sont totalement désengagés l’égard de leur entreprise et 65 % font leur travail à minima (faiblement engagés). Seuls 9 % s’impliquent réellement dans l’entreprise. On retrouve ces proportions dans une majorité des pays de l’U.E. à l’exception peut-être des pays nordique tel que le Danemark où 21 % sont impliqués, 69 % faiblement impliqués et 10 % totalement désengagés.

D’un point de vue sociétal, « liberté » et « responsabilité » sont eux aussi dans un rapport dialectique. Il y aurait même lien de subordination entre les deux si l’on suit George-Bernard Shaw : je suis libre de mes actes, pensées et sentiment, mais également responsable de leurs conséquences.

La déclaration des Droits de l’Homme pose dans son premier article la Liberté comme consubstantielle à la condition d’Être Humain. S’il n’a pas paru utile aux constituants de 1791 d’édicter une déclaration des Devoirs de l’Homme qui en définirait les obligations et les responsabilités, c’est peut-être parce que ces concepts ne sont pas universels mais culturels, et qu’ils requièrent d’être transmis et assimilés.

Le sens de la responsabilité s’acquiert, la Liberté préexiste. Ce n’est donc pas tant la liberté que les hommes redoutent – elle leur est acquise – que l’insécurité des conditions offertes pour assumer les responsabilités qui en découlent.

Les entreprises engagées sur le chemin de la libération prouvent au quotidien que leurs salariés ne redoutent pas les responsabilités. Tout à l’inverse, ils les recherchent car elles sont sources d’épanouissement personnel et de plaisir, à partir du moment où ils ont les moyens de les assumer et qu’ils bénéficient du droit à l’erreur en lieu et place de l’épée de Damoclès de la sanction.

Étymologiquement, être responsable, c’est « se porter garant de … » ce qui implique d’être détenteur d’un pouvoir pour crédibiliser l’engagement de sa responsabilité. Pouvoir sur soi-même pour se garder de l’exercer de façon pathologique sur les autres, mais aussi pouvoir sur l’environnement de la tâche à exécuter.

Pour qu’une entreprise se libère, se métamorphose préférons-nous, ses acteurs, à tous niveau, doivent atteindre un niveau de conscience et de moyens qui permettent que l’exercice de leur responsabilité ne soit plus dicté par la morale mais par leur éthique personnelle, ne soit plus encadré par les contrôles et les contraintes, mais confié à l’exercice de leur autonomie et de leur Liberté.

La quatrième et dernière étape du processus d’Autonomie (Analyse Transactionnelle) est l’Interdépendance à laquelle accèdent des femmes et des hommes suffisamment matures pour dépasser les stratégies relationnelles spontanées de survie – compétition – au profit d’une démarche volontaire visant à coopérer entre personnes libres et responsables.

Cette qualité du « vivre ensemble » dans l’entreprise doit se retrouver dans la qualité du « coopérer ensemble » de l’entreprise avec les acteurs de son territoire. La libération d’une entreprise doit créer des ponts vers l’extérieur et non des murs protecteurs, sauf à risquer une forme de dérive sectaire (on est si bien ensemble, isolons-nous !).

Engager la métamorphose de l’entreprise nourrit sa réflexion sur sa Responsabilité Sociale.

Les Pouvoirs publics français et européens ne s’y trompent pas, qui engagent des expériences innovantes visant à soutenir ces démarches. Nous en rendrons compte dans un prochain billet.

 

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Un commentaire : “Liberté & responsabilité : la controverse de Mc Gregor”

  1. Liberté & responsabilité : la...

    3 octobre 2014

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