Schubert était-il un musicien libéré ?

Ranger ses archives a du bon ! Je suis tombé sur un extrait d’une « lettre d’information d’Opel » pleine de saveur datant de 2001 intitulée « UNE TRAQUE À LA PRODUCTIVITÉ ». Ça m’a fait rire et je ne résiste pas au plaisir de vous la communiquer. Bien entendu, toutes ressemblances avec des entreprises non encore libérées ne seraient que mauvais esprit !

Je suis un vieil homme et j’ai connu beaucoup de problèmes … dont la plupart ne sont jamais arrivés (Mark TWAIN)

Un jour, un président de société reçoit en cadeau un billet d’entrée pour une représentation de la Symphonie inachevée de Schubert. Il ne peut pas s’y rendre et passe l’invitation au responsable de l’étude des méthodes industrielles de sa société.

Le lendemain matin, le président se voit remettre le rapport suivant :

1) Les quatre joueurs de hautbois demeurent inactifs pendant des périodes considérables. Il convient donc de réduire leur nombre et de répartir leur travail sur l’ensemble de la symphonie, de manière à réduire les pointes d’inactivité.

2) Les douze violons jouent tous des notes identiques. Cette duplication excessive ne semblant pas revêtir un caractère nécessaire, il serait bon de réduire de manière drastique l’effectif de cette section de l’orchestre. Si l’on doit véritablement produire un son de volume élevé, il serait possible de l’obtenir par le biais d’un amplificateur électronique.

3) L’orchestre consacre un effort considérable à la production de triples croches. Il semble que cela constitue un raffinement excessif, et il est recommandé d’arrondir toutes les notes à la double croche la plus proche. En concédant de la sorte, il devrait être possible d’utiliser des stagiaires et des opérateurs peu qualifiés.

4) La répétition par les cors du passage déjà exécuté par les cordes ne présente aucune utilité véritable. Si tous les passages redondants de ce type étaient éliminés, il serait possible de réduire la durée du concert de deux heures à vingt minutes.

Il est évident que si Schubert avait prêté attention à ces remarques, il aurait été en mesure d’achever sa symphonie.

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3 commentaires : “Schubert était-il un musicien libéré ?”

  1. Jean-Philippe Déranlot

    21 septembre 2015

    Excellent billet Lionel, et qui illustre fort bien l’importance de l’harmonie dans une entreprise, du rôle du chef d’orchestre qui non seulement tient la baguette, mais écrit la partition.

    PS : J’aurais plaisir à lire plus fréquemment tes billets toujours plein de bon sens libéré 😉

  2. Gérald FRANCOIS

    23 septembre 2015

    Non c’est certain, il n’était pas un musicien libéré car cette petite histoire pleine d’humour fait plusieurs erreurs monumetales. Tout d’abord elle confond l’action de conception et l’action de mise en oeuvre. Les différents éléments de simplification avancés n’aurait donc pas permis de faire avancer en quoi que ce soit l’oeuvre de conception. Pire il aurait été ralenti, et n’aurait peut être même pas produit plus de deux ou trois pièces, car dans un mode libéré, vous avez un principe, celui de faire appel à l’intelligence de ceux qui font (sous entendu les autres ne servent à rien) on priorité ainsi l’acte d’execution au détriment de l’oeuvre de conception. Il eu donc fallu que notre compositeur réunisse les différents interprètes et travaille avec eux à l’amélioration, dans une parfaite logique collaborative. Ensuite… L’entreprise libérée cherchant à se libérer des petits chefs (manière péjorative et globalisant désignant l’encadrement) il eu fallu se passer de fonctions essentielles telles que le premier violon, etc… Certains experts n’acceptent pas ou difficilement les principes de la libération selon saint zobrist et getz, Schubert aurait donc du faire face à la démission du pianiste, du violoncelliste et autres fonctions support. Par ailleurs, le chef d’orchestre aurait du partager sa baguette avec le reste de l’équipe dans une logique de rotation des responsabilités …
    Alors en effet, il n’aurait jamais été un musicien libéré …

    Plus sérieusement, je suis inquiet de la confusion qui se fait de manière permanente lorsque l’on parle d’entreprise libérée, la confusion permanente de l’acte de conception et celui de l’acte de réalisation. Loin de moi de penser que les personnes s’occupant de la conception ne peuvent s’impliquer dans la réalisation et inversement. Toutefois Zobrist et consorts ne parlent que du sens ou ceux qui font sont ceux qui savent.. comme si l’inverse n’était pas possible et surtout comme si les opérationnels étaient capables de prendre en compte des contextes plus complexes en permanence. Ceci explique que l’entreprise libérée ne touche jamais au processus de production et ne vise en définitive dans les entreprise de taille moyenne ou grande à une optimisation avec des méthodes de type Lean.

  3. Lionel Soubeyran

    23 septembre 2015

    @ Gérald François. Merci de cette contribution bien argumentée.
    Elle soulève qques points tt à fait pertinents. Par exemple « Il eu donc fallu que notre compositeur réunisse les différents interprètes et travaille avec eux à l’amélioration, dans une parfaite logique collaborative » ; ou bien « la confusion permanente de l’acte de conception et celui de l’acte de réalisation » ; comme s’est vrai !!!
    Je relève néanmoins qques contre-sens classiques, par exemple « le chef d’orchestre aurait du partager sa baguette avec le reste de l’équipe dans une logique de rotation des responsabilités » (on est pas dans l’auto-gestion, loin de là) ou « L’entreprise libérée cherchant à se libérer des petits chefs (manière péjorative et globalisant désignant l’encadrement) » (Pour aller vite, il est question que l’encadrement passe d’une posture de pression/contrôle à une posture d’appui/facilitateur, pas à le supprimer). Il est vrai qu’alors, les pervers narcissiques et autres déboussolés n’y trouvent plus un cadre favorable et s’en vont.
    Au-delà de votre contribution, je suis interpellé par des débats qui se développent sur la toile, qui laissent à penser qu’il faudrait être POUR ou CONTRE l’entreprise libérée. Cela n’a pas de sens puisqu’il n’y a pas de modèles. C’est sans doute ce qui perturbe un certain nbre de consultants / coach. Accompagner une libération d’entreprise requiert du consultant de réinterroger en profondeur son cadre de références pro. et perso. Et d’abandonner, vous avez raison, toute tentation rassurante de s’inscrire dans un nouveau dogmatisme.

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